Génocides, massacres, musique et poésie au théâtre

Nous avons eu de grands moments d’émotions le samedi 5 mai à la représentation, à Quimper, au théâtre de Cornouaille, de « Le chêne ou le roseau ?», dirigé par A. Ehkirch. Il présente la scénographie de la façon suivante « L’éducation et l’éveil de la conscience forment la trame de ce spectacle, à travers l’histoire d’un homme répondant aux interrogations de sa petite fille adolescente ».
Une adolescente qui se sent incomprise et en décalage avec les autres élèves de sa classe.

Pour mieux comprendre la trame du déroulement il convient de préciser que l’arrière grand-mère de l’adolescente était arménienne et sa grand-mère juive, mariée à un allemand. Ce qui permet à l’auteur d’évoquer, en premier lieu, le génocide arménien bien malmené par une actualité récente. En effet des éditorialistes, parfois de renom, ont eu des propos indécents, voire injurieux, qui auraient été condamnés avec virulence s’ils avaient été proférés à l’égard des juifs victimes des nazis. Deux poids, deux mesures, qui apparaissent dans la pièce qui nous rappelle, opportunément, que des pavés de bronze sont apposés dans les villes allemandes devant les maisons d’où les juifs ont été déportés.

Je note, a contrario, que l’Etat turc actuel, perçoit des subsides européens (c’est rappelé dans la pièce), honore son Hitler : Talât Pacha, et, non content de nier, avec arrogance, le génocide arménien, subventionne des menées négationnistes par l’intermédiaire d’officines nationalistes et de groupes de pression (Institut du Bosphore, et même La Sorbonne par exemple!). De plus, il sanctionne, et emprisonne, ses intellectuels et journalistes qui découvrent, peu à peu, l’horreur sur laquelle s’est construite la République. Au passage il n’est pas inutile de rappeler que le nationalisme c’est la haine de l’autre !

Ensuite, ce qui s’est passé à Srebrenica, sous les yeux des casques bleus de l’ONU est évoqué. On se rappelle, en effet, ce tri, face aux caméras, entre hommes, femmes et enfants devant les autobus qui vont conduire les hommes se faire fusiller à la sortie de la ville. Chacun pourra faire la comparaison avec le déroulement, sans l’ONU, mais de façon analogue, des déportations des arméniens entre 1915 et 1923.

Pour terminer le sort de Nadia Anjuman, poétesse et journaliste afghane, assassinée en 2005, à 25 ans, par son mari est évoqué. Morte de l’intolérance, « suicidée » a conclu la « justice » locale, à cause de son engagement pour la poésie, au 21ème siècle, illustration d’une autre forme de haine, actuelle, qui pourrait bien se développer. Hélas!

La scénographie est agrémentée de diapositives, parfois très dures, mais parfaitement choisies, et entrecoupée de pièces musicales jouées au piano par M.-A. Arnal, d’autres par le Quintette à vent de Bretagne et des chants interprétés tant par l’ensemble choral Jean Golgevit que l’atelier voix du Conservatoire. Les pièces musicales sont de A. Aharonian, E. Bagdassarian, J. Kosma, Komitas, M. Théodorakis, A. Zograbian. Le spectacle est aussi l’occasion d’honorer la mémoire d’Avédis Aharonian, Eva Golgevit, Nadia Anjuman, Hans et Sophie Scholl créateurs du groupe antinazi « La Rose Blanche » et Jacques Lusseyran.

Le grand-père est interprété par K. Koch acteur allemand dont l’accent apporte une dimension supplémentaire dans un tel contexte. Quant à la jeune fille, A.-L. Riché-Beulz, claveciniste talentueuse, sa fraicheur et sa jeunesse font merveille.

Pour ma part, je pense que les auteurs : Alain Ehkirch et Knut Koch, également responsable d’une excellente mise en scène, ont atteint leur objectif. Cette scénographie mérite assurément une plus grande audience particulièrement à notre époque où l’ignorance de l’autre va croissant et l’économie gouverne la pensée alors qu’elle devrait la servir.
Professeur Gérard Bossière
Président de Menez Ararat

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