Eurovision de la chanson 2012

Dans un éditorial du 24/05/2012 Le Monde se demande s’il fallait aller chanter (42 pays représentés), à Bakou. Questionnement un peu tardif mais qui a le mérite d’exister. Il rappelle opportunément que la moindre opposition est écrasée, la police a encore été plus brutale qu’à l’habitude, la presse muselée… Mais n’évoque en rien l’absence des Arméniens qui ont considéré que leur sécurité n’était pas assurée.

Et du passé qu’en est-il ?
500 000 Arméniens ont fui ce pays, ou ont été exterminés entre 1988 et 1994, je ne vais rappeler que 2 épisodes: un massacre humain et un massacre culturel, il en est d’autres.

Il y a 20 ans, le 10 avril 1992, le massacre des habitants du village de Maragha (région de Martakert du Haut-Karabagh), toujours sous occupation azérie, n’était en aucune façon une opération militaire. La Baronne C. Cox (http://maragha.org/video2.html), en a décrit l’horreur : « Dans les images, prises à Maragha au cours de ces événements, sont fixés les témoignages des massacres épouvantables : têtes décapitées, corps démembrés, restes d’enfants, terre sanglante et membres séparés des corps dans les lieux où les Azerbaïdjanais sciaient vifs des hommes. Nous avons vu des machettes acérées, avec du sang coagulé, qu’ils utilisaient afin de démembrer les gens… ».
Sur ce site on peut aussi trouver des témoignages et des photos effrayantes. En 1997 un rapport a été transmis à la Commission des Droits de l’Homme des Nations-Unies, observations confirmées par Helsinki Watch.
Quels médias en ont parlé ?
La «communauté internationale» a-t-elle désigné les responsables ?
Non.
Il ne s’est finalement rien passé… et le clan Aliev est toujours bien en Cour, son budget militaire a augmenté de 89% en 2011. Nos amis Israéliens, fâchés dit-on avec les turcs,  en profitent aussi faisant  commerce de morts futures!

Et qu’en est-il des 12000 Khatchkar du site historique arménien de Djoulfa situé au Nakhitchevan, édifiés entre les IXème et XVIIème siècles qui ont été détruits (1998, 2002, 2005, 2006) ? Cette région historiquement peuplée à 80% d’arméniens fût « donnée » à l’Azerbaïdjan par Staline en 1920. Les Khatchkar ont été détruits, ce faisant l’Azerbaïdjan viole toutes les conventions du Conseil de l’Europe, de l’ONU et de l’Unesco dont il est membre. L’agence spécialisée de l’UNESCO a dénoncé cette situation dans un rapport dès 2002/2003 «Patrimoine en danger».
L’Azerbaïdjan interpelé en 2003, par le rapporteur spécial de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU n’a pas répondu…
Le moins qu’on puisse dire c’est que l’indignation internationale fût pour le moins mesurée, et, en conséquence, les destructions ont continué.

Il est de plus en plus clair que l’indignation de la  «communauté internationale» (existe-t-elle en fait ?), est de plus en plus sélective selon les intérêts géostratégiques. De temps à autre on hausse le ton, on s’indigne devant des morts (pas devant tous), on accuse les uns ou les autres en fonction du but visé, et, finalement, en y regardant bien c’est moins l’homme que le pétrole qui est le centre d’intérêt.
Triste époque.

G. Bossière, 31 mai 2012

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