De la complicité de l’Allemagne dans le Génocide des Arméniens …

La chancelière A. Merkel ne veut pas entendre parler de la pénalisation du négationnisme du Génocide des Arméniens bien que 157000 de ses compatriotes aient estimé qu’il faudrait le faire. Mais, avant cela, ne faudrait-il pas le reconnaître ? En effet, l’Allemagne, comme le Royaume Uni et Israël, refuse de le reconnaître.

En 2010 Stefan Taschjian a intenté un procès afin que l’Allemagne reconnaisse le génocide. Il rappelle que :« J’ai présenté des documents du ministère allemand des Affaires étrangères après avoir eu une conversation avec le ministre arménien des Affaires étrangères à Erevan, en décrivant les massacres perpétrés par des soldats allemands dans les villes de Urfa et Zeitoun, et les coups de feu du commandant de l’armée allemande sur des maisons d’Arméniens pour faciliter l’entrée des Turcs ». Je ne sais pas quel en a été le résultat, mais, ce qui est certain c’est, qu’à ce jour, l’Allemagne ne reconnaît pas le génocide des arméniens.

Ceci amène assez logiquement à se poser la question de son rôle en Turquie ottomane dans la période 1915-1916, où elle était militairement présente.

Certains se réfèrent aux mémoires du maréchal allemand Liman von Sanders, inspecteur général des armées du sultan ayant exercé des fonctions de commandement dans l’armée ottomane, par ailleurs suspecté de crimes de guerre. Il a certes reconnu que « Il est hors de doute que les expulsions et la déportation des Arméniens furent accompagnés d’excès terribles, et d’actes d’une sauvagerie inqualifiable ». Il a confirmé que le mot d’ordre « La Turquie aux Turcs » a déclenché ce grand crime contre l’humanité. Cependant, il ajoute, ais-je lu, que les Allemands, parfaitement civilisés, eux, enrôlés dans l’armée turque, n’ont pu avoir une part de responsabilité dans ces actes.

Ce maréchal devait avoir la mémoire courte, même s’il est avéré que la plupart des consuls allemands et leurs témoins oculaires d’Allemagne se sont émus des massacres des Arméniens qui se perpétraient en 1915. En effet, toute une série de documents, inédits, ont été publiés dans un ouvrage dont le titre en français est : « Génocide arménien 1915-1916 : choix de documents extraits des archives politiques du ministère allemand des Affaires Etrangères » par Wolfgang et Sigrid Gust.

Cet ouvrage de 800 pages (en version allemande, en fait 650 en version anglaise), a été traduit en turc par Zekiye Hasançebi et A. Takcan, Alman Belgeleri Ermeni Soykırımı 1915-16 – Alman Dışişleri Bakanlığı Siyasi Arşiv Belgeleri, aux éditions Belge Yayınları, 2012 (Istanbul).

Dans une première partie l’ouvrage compile des documents qui témoignent du génocide. Pour la plupart des consuls et leurs informateurs, il n’y a aucun doute que toutes les actions visent à un anéantissement complet du peuple arménien.
Ensuite, la deuxième partie, résume des affirmations, hésitations et agissements politiques des Allemands à l’ambassade d’Allemagne à Constantinople.
La troisième partie aborde les agissements d’officiers allemands importants à l’encontre du peuple arménien, incluant même les ordres allemands de déportation.
Enfin la dernière partie détaille l’action politique allemande à Berlin et Constantinople, culminant dans la conclusion que l’Allemagne a une claire coresponsabilité dans le génocide arménien. Il apparait que les Allemands acceptèrent finalement la déportation de tous les Arméniens (excepté ceux de Constantinople), y compris les femmes et les enfants, en sachant qu’ils étaient conduits à la mort.

A titre d’exemple il suffit de citer la réponse à un télégramme provenant de l’ambassadeur d’Allemagne Wolff-Metternich, demandant au chancelier Bethmann Hollweg moins de considération pour la Turquie, et davantage de soutien moral envers les Arméniens. Bethmann Hollweg répond : « Notre seul objectif est de maintenir la Turquie à nos côtés jusqu’à la fin de la guerre, peu importe que cela ait pour résultat que les Arméniens périssent ou non. »

Ragip Zarakolu, le 9 août 2012, dans « Opinion » a publié un texte dans lequel il rappelle que
« Le Comité Union et Progrès (CUP) a confié aux Allemands la tâche de réorganiser l’armée ottomane dévastée, et, en instaurant une politique de violence impitoyable dans l’armée, a essayé d’établir une discipline apparentée aux méthodes prussiennes. » Par ailleurs il voit dans l’organisation des routes de migration forcée « la contribution du militarisme prussien à la préparation de ces plans. » Il s’interroge aussi sur le fait que « de nombreux officiers allemands, qui étaient commandants dans l’armée ottomane, ont plus tard participé à l’instauration du fascisme en Allemagne et au Putsch de la Brasserie mené par Hitler en 1923. »

Pour finir il faut aussi se souvenir que ce n’est pas par hasard que les responsables du CUP ont fuit Constantinople sur le yacht du Consul d’Allemagne pour échapper à leur procès.

Finalement la conclusion est claire en ce qui concerne le Génocide des Arméniens : les allemands ont une coresponsabilité.

Pour quelles raisons l’Allemagne, après avoir assumé son passé concernant les juifs refuse-t-elle d’en faire de même avec les Arméniens ? Est-ce à cause du commerce avec la Turquie ? A cause des travailleurs turcs ? A cause d’un lobby qui refuse de voir dans ce génocide le premier du 20ème siècle ?

La question est posée.

G. Bossière 01/10/2012

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