Actualité 6 mars 2011

Sénat
M. Patrick Labaune, Député UMP de la Drôme, Conseiller Régional Rhône-Alpes, a posé récemment lors de la 13ème législature de l’Assemblée nationale, une question écrite à Madame Michèle Alliot-Marie, alors ministre d’État, ministre des affaires étrangères et européennes. Enregistrée sous le numéro 101290, elle porte sur la proposition de loi visant à réprimer la négation du génocide arménien et a été publiée au Journal Officiel le 1er mars 2011. Patrick Labaune interroge le Quai d’Orsay sur les raisons du blocage de cette loi au Sénat. En attendant la réponse (qui émanera sans doute de Monsieur Alain Juppé, nouveau ministre des affaires étrangères), les défenseurs des droits de l’homme peuvent relayer la question pertinente de Patrick Labaune et de sa suppléante Marlène Mourier, devant le Sénat, samedi 12 mars 2011 à 15h, lors d’une manifestation organisée par le CCAF. Y seront présents Charles Aznavour, Patrick Devedjian, Bernard-Henri Levy, Serge Klarsfeld et de nombreuses personnalités du monde politique et artistique.
Deux documents qui nous viennent d’Istanbul
Trois Arméniens bien connus à Istanbul : Krikor Doshemeciyan, Yervant Ozuzun et Murat Bebiroglu viennent de publier un rapport : « Rapport sur les minorités non musulmanes. »
Il rappelle un certain nombre de faits :
Les minorités non musulmanes ont été considérées comme des entités étrangères ou des ennemis internes de l’État depuis l’instauration de la République de Turquie en 1923, en tant qu’État monolithique, homogène, basé sur une seule culture et une seule religion.
Il n’existe pas un seul policier ou officier qui soit membre d’une minorité (souvenons-nous de ce qu’en écrit H. DINK). Le déplacement en 1934 des juifs de Thrace, l’impôt exorbitant sur la richesse datant de 1942 s’appliquant aux minorités, et les agressions à grande échelle des Grecs d’Istanbul les 6 et 7 septembre 1955, ont eu pour résultat l’appauvrissement de ces communautés et la dévastation de leur culture.
La population des minorités en Turquie, est passée de 350 000 personnes en 1927 à 80 000 aujourd’hui, alors que le nombre de Turcs a été multiplié par six.
Le gouvernement turc a récemment restitué quelques propriétés appartenant aux institutions des minorités, qui avaient été confisquées à partir de 1974. En raison de points contradictoires et de défauts dans la nouvelle loi sur les Fondations des minorités, les biens restitués ne peuvent être utilisés à bon escient, car aucune communauté n’est autorisée à les restaurer.
De plus, le gouvernement a violé les articles 41 et 42 du Traité de Lausanne de 1923, qui obligeait la Turquie à fournir des fonds et des équipements aux minorités non musulmanes, à des fins d’éducation, religieuses et caritatives, et à protéger leurs établissements religieux. Outre le Traité de Lausanne, diverses résolutions de l’ONU et de la Convention européenne des droits de l’homme sont continuellement violées par le gouvernement turc.
L’un des problèmes les plus graves pour les minorités est que le gouvernement turc ne reconnaît pas le patriarcat arménien et le rabbinat juif en tant qu’entités légales.
Un autre problème est la nomination par le gouvernement de vice-directeurs turcs pour surveiller les écoles des minorités, ce qui cause une profonde défiance. La formation de nouveaux professeurs et ecclésiastiques est également devenue impossible en raison de la fermeture des séminaires religieux par l’Etat turc. Les auteurs du rapport demandent que l’on permette aux ecclésiastiques d’enseigner la religion dans les écoles des minorités, comme ils le faisaient précédemment.

Un second document intéressant est constitué par une interview menée par Méliné Anoumyan du Centre Agounk, avec l’archevêque Aram Ateshian, Vicaire général du patriarcat arménien d’Istanbul, le patriarcat se préparant à célébrer son 550e anniversaire.
Selon l’archevêque Ateshian, 67 000 Arméniens vivent à Istanbul, et 3 000 autres résident dans l’intérieur du pays — 500 à Ankara, 300 à Iskenderoun, 70 à Sepastia, 50 à Malatia et 20 familles à Kharpert. De plus, le Vicaire général a révélé qu’il y a 100 000 Arméniens en Turquie qui ont peur de dévoiler leur identité réelle. Ce chiffre ne prend pas en compte les travailleurs irréguliers en provenance d’Arménie, qui ne sont pas autorisés à se marier et dont les enfants ne peuvent être baptisés par le patriarcat, en raison de leur statut d’illégaux.
Il existe 44 églises apostoliques arméniennes en fonction en Turquie — 37 à Istanbul, 3 à Iskenderoun, 2 à Dickranagerd, 1 à Mardin et 1 à Gessaria. De plus, il y a 12 écoles arméniennes associées au patriarcat, et les Arméniens possèdent 3 écoles et 10 églises. Un total de 3 000 Arméniens catholiques et 1 000 Arméniens protestants vivent en Turquie.

Turquie- EU
Lors de négociations de longue haleine, les diplomates de l’UE avaient négocié un accord avec Ankara, selon les termes duquel la Turquie s’engageait à reprendre les immigrés clandestins qui entraient dans l’UE par son territoire.

Ankara déclare maintenant que la Turquie ne signera ni n’appliquera l’accord en question, à moins que l’Union européenne ne supprime le visa obligatoire pour les Turcs. De plus la Turquie ouvre ses frontières : elle laisse entrer sans visa les Syriens, Jordaniens, Marocains et Algériens, des centaines de clandestins originaires de ces pays gagnent chaque jour la Grèce en passant par la Turquie. Ainsi Ankara fait pression sur l’UE sur la question des visas.
En leur for intérieur, beaucoup de Turcs se détournent de l’Europe : 38% sont encore favorables à l’entrée dans l’UE, contre 66% voilà 3 ans.
« Treize chapitres ont été ouverts dans les négociations d’adhésion avec la Turquie », rappelle Hürriyet. Paris bloque l’ouverture de cinq chapitres, alors que Bruxelles en a gelé huit autres en réaction à l’échec d’Ankara d’ouvrir ses ports. Il ne reste donc que trois chapitres, « sans poids politique » pour les autorités turques, mais Ankara est réticent à remplir les critères nécessaires au démarrage des chapitres de la concurrence, de la politique sociale et de l’ouverture des marchés publics.

WikiLeaks
Dans un article du 30 novembre signé Rémy Ourdan, le Monde raconte que:
“A propos de la Turquie, les diplomates américains rapportent un épisode étonnant, dans un télégramme intitulé “Personne pour lui dire ‘non’”, consacré à des conseillers de l’Elysée “qui évitent de contredire le président ou de provoquer son mécontentement” : “Ils ont détourné l’avion du président pour éviter qu’il voit la tour Eiffel éclairée aux couleurs de la Turquie à l’occasion de la visite du premier ministre Erdogan (une décision prise par la mairie de Paris).”
Pour terminer un rappel d’une citation de Bernard-Henri Lévy :

« A ceux qui seraient tentés de jouer au jeu de la guerre des mémoires, je veux répondre en plaidant pour la fraternité des génocidés. C’est la position de Jan Patocka, le philosophe de la « solidarité des ébranlés ». C’était la position des pionniers d’Israël, qui, tous, se sentaient un destin commun avec les Arméniens naufragés. La lutte contre le négationnisme ne se divise pas. Laisser une chance à l’un équivaudrait à ouvrir une brèche à l’autre ».

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