La langue, part 1 l’alphabet. par Véra Bossiére
                    L’ALPHABET ARMÉNIEN       Dans l’histoire d’un peuple l’invention d’un alphabet est un des événements fondamentaux C’est là où la langue cesse d’être une mémoire auditive et prend une dimension visuelle, l’alphabet devient le visage de la langue.       Les premières écritures remontent à 35 siècles (images, peinture, peintures de grottes, galets peints, écriture hiéroglyphiques, écriture cunéiforme ...).       Des 3000 langues parlées dans le monde entier à peine plus d’une centaine sont des langues écrites (avec écriture en support).       En conséquence, la création de l’alphabet, arménien, le plus riche des alphabets anciens avec 38 lettres, a été un des événements les plus marquants de l’histoire des arméniens. Il reste encore, aujourd’hui, l’un des 25 derniers alphabets distincts.       Les langues des cultures les plus brillantes de l’antiquité comme l’égyptien, le phénicien, l’étrusque ou le hittite, ont à jamais disparu. Le latin, lâché par l’église catholique, est devenu une langue morte.        Des langues antiques, l’arménien, venant de la haute antiquité, après avoir traversé le christianisme, reste une langue vivante et, plus que la langue, l’alphabet arménien occupe une place privilégiée dans le cercle des écritures utilisées.        Il n’existe évidemment pas d’alphabet américain, français, ou italien, par contre l’alphabet arménien est propre à la nation arménienne.       Vers 800 AVANT Jésus Christ les grecs inventent l’alphabet moderne avec voyelles.       Il est généralement admis que les ancêtres des Arméniens sont arrivés en Anatolie vers 1200 avant Jésus Christ, mais l’arménien, langue indo-européenne, n'est toujours pas écrit au 4ème siècle.        Alors comment était organisée la vie quotidienne à l’époque ?     La situation était complexe :         - Pour la liturgie , on utilisait :             - le grec,    - le syriaque (Jordanie, Iraq)        - Pour l'administration               - le persan               - l'araméen (Palestine, Syrie).      Ces langues, incomprises du peuple, étaient traduites simultanément par les prêtres pendant les offices. En effet, l'Arménie a été le premier état à adopter le christianisme comme religion officielle en 301. Une telle situation était lourde à gérer et posait problème. Ce problème est devenu encore plus critique à partir de 384 date à laquelle l'Arménie a été divisée en deux :       - Une partie orientale sous l'influence de la Perse          - Une partie occidentale sous l'influence de Byzance.      Ainsi il y avait danger d'assimilation par       - l'hellénisme en Arménie occidentale;       -    - l'iranisation en Arménie orientale.       De fait le meilleur moyen de préserver l'Arménie était donc de créer un alphabet national afin de pouvoir écrire cette langue. C'est pourquoi, vers la fin du 4ème siècle, le roi d'Arménie et le Patriarche demandent au moine MESROB (P), MACHTOTS (360- 438), maîtrisant tout autant le grec que le syriaque et le persan de créer l'alphabet arménien.  Mesrop part d'un principe phonétique qui est de transcrire "une lettre par un son et un son par une lettre". La base est l'alphabet grec (inventé vers 800 avant J-C). Toutefois, afin de pas éveiller la susceptibilité des Perses, ennemis des grecs, il modifie les lettres grecques en supprimant :       - les lignes droites;                - les courbes fermées.       Il conserve une vingtaine de lettres grecques, et invente 16 autres lettres qui correspondent aux sons qui, existant en arménien, n'existaient pas, en revanche, dans la langue grecque. Ainsi, il y a 36 lettres dans son alphabet et l’écriture se lit de gauche à droite et de haut en bas. SOURP MESROB (P), achève son travail en 405. En 406, donc de son vivant, un édit du roi d’Arménie imposait son emploi dans tout le pays.       On commence, bien sûr, par traduire la bible. Ce fut une telle réussite que quelques décennies plus tard on l’a qualifiée de « la reine des traductions ». Ensuite, quantité d'autres ouvrages furent traduits, car c'est une écriture très simple basée, comme il a été dit plus haut, sur, le principe  « une lettre - un son ; un son -  une lettre ».       Au 12ème siècle les Arméniens, chrétiens, seront les alliés naturels des croisés. L’Arménie voit alors l’établissement des comtés franco-arméniens,tandis que des mariages avec des héritières des seigneuries arméniennes scellent cette amitié. Ces contacts avec le monde occidental, introduisent des sons nouveaux.          On invente alors 2 autres lettres pour                 le O fermé (AU) et                 le F       Portant ainsi de 36 à  38 le nombre de lettres. Ces 38 lettres constituent l'alphabet arménien qui n'a subi depuis aucune modification.       L'enseignement de l'arménien était alors dispensé à la cour pontificale en Avignon et le français enseignées à la cour d'Arménie. Cette langue arménienne est riche, souple et malléable, elle fut lors de son introduction la langue savante du Moyen Age. Le dernier roi d’Arménie, Léon V, est d’origine franco-arménienne, il est Léon de Lusignan, et a été enterré, vers 1380, auprès des rois de France dans la basilique de St Denis.        Napoléon 1er réintroduira, en France l’enseignement de l’arménien.        Pour terminer, et c’est une dernière illustrations de la souplesse de cet alphabet, sachez que les décrets de l’époque soviétique, non abrogés, du moins à ma connaissance, et donc encore en vigueur en Arménie, ont remanié l’alphabet, lui donnant une 39ième lettre le « ièv ».       De plus les règles d’orthographes, ont également été modifiées (Hervé Arslanian, 1999, 2000). Pour finir coup de chapeau de Antoine Meillet, linguiste Français (1866 -1936).      « Le système de l’alphabet arménien est un chef d’œuvre. Chacun des phonèmes du phonétisme arménien est noté par un signe propre, et le système est si bien établi qu’il a fourni à la nation arménienne une expression définitive du phonétisme, expression qui s’est maintenue jusqu’à présent sans subir de changement, sans avoir besoin d’obtenir aucune amélioration, car elle était parfaite dès le début. »
ET ICI UN ALPHABET VIVANT ET ICI UN ALPHABET VIVANT
L’association des Français d’origine arménienne et de leurs amis dans le grand Ouest de la Bretagne aux pays de Loire
MZA V11.1
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